Un dernier vol sous le signe d'Amazon
Au petit matin du 2 juillet, une fusée Atlas V de United Launch Alliance a décollé depuis le pad 41 de Cape Canaveral Space Force Station en Floride, emportant une nouvelle fournée de satellites pour la constellation LEO d'Amazon. Désignée mission Leo Atlas 8, cette fenêtre de lancement prévoyait le décollage à 0h24 heure locale (04h24 UTC). Derrière l'événement routinier d'un déploiement de constellation commerciale, se cachait un jalon historique pour le lanceur d'ULA.
Il s'agissait du dernier vol de la configuration 551 de l'Atlas V — soit la version équipée de cinq propulseurs latéraux à ergols solides, d'une coiffe de cinq mètres de diamètre et d'un seul moteur dans l'étage supérieur Centaur. C'est dans cette configuration maximale, la plus puissante jamais proposée par l'Atlas V, que des charges utiles majeures ont été envoyées en orbite depuis plus de deux décennies.
Un programme qui approche de son terme
Le retrait progressif de l'Atlas V n'est pas une surprise. ULA a orienté ses efforts vers son nouveau lanceur, le Vulcan Centaur, destiné à prendre la relève sur le marché institutionnel et commercial américain. L'Atlas V, conçu à l'origine dans les années 1990 et entré en service en 2002, a accumulé un bilan d'une fiabilité remarquable, enchaînant les succès pour la NASA, le Pentagone et des clients commerciaux tels qu'Amazon.
À ce stade, seuls six lancements figurent encore au carnet de commandes de la fusée : ils concernent exclusivement les missions Starliner de Boeing, le véhicule spatial habité en cours de certification pour desservir la Station spatiale internationale. Ces six vols restants représentent désormais les dernières occurrences programmées d'une fusée qui aura effectué plus de quatre-vingts missions depuis son premier vol.
La fin d'une ère pour le lancement institutionnel américain
L'Atlas V appartient à une génération de lanceurs qui ont structuré l'accès à l'espace américain après la Guerre froide. Fruit d'une coopération industrielle intégrant notamment des moteurs RD-180 d'origine russe — une dépendance qui a longtemps alimenté les débats au Congrès —, la fusée a régulièrement été au cœur des tensions géopolitiques autour de l'autonomie stratégique des États-Unis.
L'arrêt progressif de l'Atlas V reflète une recomposition profonde du secteur : ULA doit désormais faire face à la concurrence directe de SpaceX et de son Falcon 9, qui domine le marché des lancements commerciaux et institutionnels depuis plusieurs années. Le Vulcan Centaur, dont les premiers vols opérationnels sont en cours, devra démontrer qu'il peut tenir ce rôle avec la même rigueur.
Pour l'heure, les six dernières missions Atlas V à venir dessineront la ligne d'arrivée d'un programme qui aura marqué l'histoire du spatial américain. Reste à savoir si le Vulcan saura en perpétuer l'héritage.


