Des rampes neuves pour remodeler la Space Coast

Le complexe de lancement de Cap Canaveral ne ressemble plus tout à fait à ce qu'il était il y a dix ans. Aux côtés des installations historiques de la NASA et des infrastructures désormais familières de SpaceX, de nouveaux chantiers témoignent d'une industrie qui continue de se diversifier. Stoke Space et Relativity Space font partie des entreprises qui, en ce milieu d'année 2026, progressent visiblement dans la construction de leurs propres aires de lancement sur la côte floridienne.

Pour Stoke Space, startup basée dans l'État de Washington et connue pour son ambition de développer un lanceur entièrement réutilisable à deux étages, la présence sur la Space Coast marque une étape concrète vers les premières mises à feu. L'entreprise travaille sur un véhicule dont la conception vise une réutilisation rapide, comparable dans l'esprit à ce que SpaceX a accompli avec Falcon 9, mais avec une architecture différente incluant un deuxième étage lui aussi récupérable.

Relativity Space, de son côté, a opéré un pivot stratégique majeur ces dernières années. Après avoir abandonné son petit lanceur Terran 1, la société californienne mise désormais tout sur Terran R, un lanceur de taille moyenne entièrement réutilisable. La construction d'une rampe dédiée à Cap Canaveral confirme que ce programme avance, même si aucune date de premier vol n'a encore été officiellement confirmée.

L'US Space Force ouvre ses contrats à de nouveaux acteurs

Au-delà des chantiers, c'est sur le plan commercial et institutionnel que la semaine marque un tournant pour Relativity. L'US Space Force a annoncé l'intégration de Relativity Space et d'Impulse Space dans le programme NSSL Phase 3 Lane 1 — pour National Security Space Launch. Ce programme, géré par le Space Systems Command, vise à élargir le panel de prestataires capables d'assurer des missions orbitales au profit du gouvernement américain et de ses agences de défense et de renseignement.

La Lane 1 du programme NSSL Phase 3 est spécifiquement pensée pour intégrer des entreprises plus récentes, dont les lanceurs ne sont pas encore pleinement opérationnels mais qui présentent un niveau de maturité technologique jugé suffisant pour entrer dans le dispositif. L'objectif affiché est d'éviter une dépendance excessive envers un nombre restreint de prestataires — aujourd'hui essentiellement ULA et SpaceX pour les missions les plus sensibles — et de préparer le marché institutionnel américain à une concurrence plus large.

Impulse Space, entreprise fondée par l'ancien directeur technique de SpaceX Tom Mueller et spécialisée dans les étages de propulsion orbitaux et de transfert, intègre également ce programme dans une logique complémentaire : non pas comme lanceur principal, mais comme maillon d'une chaîne de mobilité spatiale plus agile.

Un écosystème qui se structure, mais des incertitudes qui demeurent

Ces annonces simultanées — travaux visibles sur le terrain et reconnaissance institutionnelle par les forces armées américaines — dessinent un panorama encourageant pour le NewSpace américain. Elles illustrent une tendance de fond : la volonté des États-Unis de multiplier les fournisseurs de lancement capables de servir aussi bien les clients commerciaux que les besoins gouvernementaux.

Reste que ni Stoke ni Relativity n'ont encore effectué de vol orbital. Les rampes en construction à Cap Canaveral sont des jalons, pas des garanties. L'histoire de l'industrie spatiale commerciale a montré à plusieurs reprises que la distance entre un chantier actif et un premier lancement réussi peut s'avérer plus longue que prévu. La prochaine étape concrète à surveiller pour Relativity sera la progression du développement de Terran R, tandis que pour Stoke, les essais moteurs et les tests de vol en cours dans l'État de Washington donneront la mesure réelle de l'avancement du programme.