Un vaisseau de secours pour Swift
Lancé en 2004, le télescope spatial Neil Gehrels Swift Observatory fêtait en 2025 ses vingt et un ans d'activité. Conçu à l'origine pour une durée de mission de deux ans, cet observatoire dédié à l'étude des sursauts gamma et des phénomènes transitoires à haute énergie continue de produire des données scientifiques de premier plan. Problème : son orbite se dégrade progressivement sous l'effet du freinage atmosphérique résiduel, et sans intervention, il menace de rentrer dans l'atmosphère dans les prochaines années.
Pour lui offrir un sursis, la NASA a lancé début juillet 2026 le vaisseau LINK, dont la mission consiste à rejoindre Swift, s'y amarrer et lui transférer suffisamment d'impulsion pour réhausser son orbite de manière significative. Ce type d'opération — la servitude orbitale robotisée — reste encore rare, et constitue un véritable banc d'essai technologique pour des interventions futures sur d'autres satellites en fin de vie. Si la manœuvre réussit, Swift pourrait continuer à observer le ciel pour plusieurs années supplémentaires, ce qui représente un retour sur investissement scientifique considérable pour un coût de mission nettement inférieur à celui d'un nouveau satellite.
Le Pegasus XL, possiblement pour la dernière fois
Le lanceur choisi pour mettre LINK sur orbite est le Pegasus XL, un missile aéroporté développé par Northrop Grumman et opéré depuis le ventre d'un avion porteur. Cette fusée à trois étages à propulsion solide est l'une des plus anciennes encore en service dans l'industrie américaine : son premier vol remonte à 1990. Le lancement du 3 juillet 2026 pourrait bien être son chant du cygne. Aucun autre contrat confirmé ne figure au carnet de commandes du Pegasus XL, et Northrop Grumman n'a pas annoncé de plans pour son maintien en service au-delà de cette mission.
Le Pegasus XL occupe une niche particulière : il permet de placer de petites charges utiles en orbite basse depuis des latitudes variées, sans dépendre d'un pas de tir fixe. Cette flexibilité, autrefois précieuse, est aujourd'hui concurrencée par une génération de micro-lanceurs terrestres bien moins coûteux, comme ceux de Rocket Lab ou de plusieurs autres acteurs du NewSpace.
L'Atlas V tire sa dernière cartouche commerciale
Le 2 juillet 2026, un Atlas V décollait pour ce qui constitue son dernier lancement avec une charge utile satellitaire à proprement parler. À bord : un lot de satellites destinés à la constellation Leo d'Amazon, le réseau de communications à large bande en orbite basse que le groupe de Jeff Bezos développe en concurrence directe avec la constellation Starlink de SpaceX. Ce tir marque la conclusion d'une longue collaboration entre United Launch Alliance, le fabricant de l'Atlas V, et Amazon.
L'Atlas V, dont le premier vol remonte à 2002, a réalisé des dizaines de missions militaires, scientifiques et commerciales au cours de sa carrière. Son successeur, le Vulcan Centaur, a déjà effectué ses premiers vols et doit progressivement prendre le relais. Pour Amazon, la priorité reste désormais de cadencer ses lancements à grande vitesse pour déployer sa constellation avant que Starlink ne creuse davantage l'écart.
En quelques jours, le paysage des lanceurs américains s'est donc redessiné sous nos yeux : une mission de servitude inédite, deux vecteurs historiques qui s'effacent. La transition vers une nouvelle génération de systèmes orbitaux, plus flexibles et souvent plus économiques, s'accélère — non sans une certaine nostalgie pour les ingénieurs qui ont consacré leur carrière à ces machines.


