Un demi-milliard de dollars pour sécuriser les communications militaires

La branche spatiale de l'armée américaine, la Space Force, vient d'attribuer deux contrats distincts qui totalisent plus de 527 millions de dollars, signalant une montée en puissance accélérée de son dispositif satellitaire militaire en orbite géostationnaire (GEO).

Le premier et le plus conséquent de ces marchés — 437 millions de dollars — a été confié conjointement à Viasat et à l'opérateur luxembourgo-américain SES. Ces deux entreprises sont chargées de concevoir et de fabriquer quatre petits satellites géostationnaires dans le cadre du programme Protected Tactical Satcom-Global (PTS-G). Ce programme vise à fournir aux forces armées américaines et à leurs alliés des liaisons de communication tactiques protégées, résistantes aux brouillages et aux cyberattaques, accessibles à l'échelle planétaire.

Le second contrat, d'une valeur de 90 millions de dollars, marque une étape inédite pour Rocket Lab : il s'agit du premier marché de production de satellites GEO que la société néo-zélandaise et américaine remporte auprès de la Space Force. Rocket Lab devra construire et opérer deux satellites embarquant des charges utiles optiques. Connue jusqu'ici principalement pour ses lanceurs Electron et son futur Neutron, la société confirme ainsi sa montée en puissance dans le segment des systèmes spatiaux complets.

Rocket Lab franchit un nouveau palier industriel

Ce contrat représente un pivot stratégique pour Rocket Lab, qui a progressivement étoffé ses capacités de fabrication de satellites via l'acquisition de plusieurs entreprises spécialisées. Obtenir la confiance de la Space Force pour des satellites géostationnaires à vocation militaire — segment traditionnellement dominé par des acteurs établis comme Northrop Grumman, Boeing ou Lockheed Martin — constitue une validation significative de son modèle industriel intégré.

Les charges utiles optiques embarquées sur ces deux satellites n'ont pas été détaillées publiquement, leur nature exacte relevant vraisemblablement de la confidentialité liée à la défense nationale. Rocket Lab devra non seulement assurer la fabrication des engins, mais aussi leur opération en orbite, ce qui élargit encore son spectre de compétences contractuelles.

Vers une Space Force deux fois plus grande en 2030

Ces attributions interviennent dans un contexte d'expansion institutionnelle assumée. Le chef d'état-major de la Space Force, le général Chance Saltzman, a indiqué que la branche est sur la trajectoire pour doubler ses effectifs de militaires d'active d'ici à 2030. Une ambition tempérée par des contraintes concrètes : la capacité des centres de formation et le rythme de création de nouvelles unités opérationnelles constituent les principaux goulets d'étranglement identifiés.

Créée en décembre 2019, la Space Force demeure la plus jeune des branches militaires américaines. Sa montée en puissance — à la fois humaine, industrielle et budgétaire — reflète la prise de conscience croissante, au sein du Pentagone, que l'espace est désormais un domaine de conflictualité potentielle à part entière, et non plus un simple support logistique pour les opérations terrestres.

La multiplication de ces contrats soulève néanmoins des questions légitimes sur la gouvernance de cette expansion : comment garantir l'interopérabilité entre des systèmes confiés à des industriels aussi différents que Viasat, SES et Rocket Lab ? La réponse appartient en partie à la Space Force elle-même, qui devra démontrer sa capacité à intégrer cette constellation hétérogène en un réseau cohérent et résilient.