Un miroir de 2,4 mètres au cœur du projet

Au Goddard Space Flight Center de la NASA, situé à Greenbelt dans le Maryland, les équipes d'ingénierie ont bouclé la vérification finale du miroir primaire du télescope spatial Nancy Grace Roman. Ce composant circulaire de 2,4 mètres de diamètre — soit la même ouverture que le télescope spatial Hubble — constitue la pièce maîtresse de l'instrument optique. Sa fonction est de collecter et de concentrer la lumière en provenance d'objets cosmiques répartis sur de vastes portions du ciel, des étoiles proches jusqu'aux galaxies lointaines.

Cette étape marque la fin d'un cycle rigoureux de contrôle qualité. Les ingénieurs ont soumis la surface du miroir à un examen approfondi pour s'assurer qu'elle respecte les tolérances extrêmement serrées requises par un instrument destiné à opérer dans l'espace. Le moindre défaut de forme ou de polissage pourrait compromettre la netteté des images sur l'ensemble du champ de vue, qui sera soixante fois plus large que celui de la caméra principale de Hubble.

Un observatoire taillé pour la cartographie cosmique

Le télescope Roman — dont le nom complet rend hommage à Nancy Grace Roman, première cheffe astronome de la NASA et architecte du programme Hubble — est conçu pour réaliser des relevés panoramiques de l'univers à une cadence et une résolution sans précédent pour un télescope spatial opérant dans les longueurs d'onde du visible et du proche infrarouge.

Ses objectifs scientifiques couvrent plusieurs grands domaines de l'astrophysique contemporaine :

  • La cartographie de la distribution de la matière noire à travers les effets de lentille gravitationnelle faible
  • L'étude de l'énergie noire via le recensement de dizaines de milliers de supernovae de type Ia
  • La détection de planètes extrasolaires par la méthode de microlentille gravitationnelle
  • L'observation de l'évolution des galaxies sur des milliards d'années

Pour remplir ce programme, l'instrument principal, le Wide Field Instrument, embarquera un détecteur de 300 mégapixels capable de couvrir une surface du ciel équivalente à environ deux pleine lunes en une seule pose.

Un calendrier qui se resserre avant le lancement

L'achèvement de l'inspection finale du miroir primaire s'inscrit dans une séquence d'assemblage qui s'accélère. Les différents sous-systèmes du télescope sont progressivement intégrés au Goddard Space Flight Center avant que l'ensemble ne soit soumis aux campagnes de tests environnementaux — vibrations, chocs thermiques, vide — simulant les conditions du lancement et de l'environnement spatial.

La NASA n'a pas encore arrêté de date de lancement définitive pour Roman, mais la fenêtre visée se situe dans la seconde moitié de cette décennie. Le choix du lanceur n'a pas non plus été officiellement confirmé à ce stade. Ce que l'on sait, c'est que chaque jalon technique franchi rapproche un peu plus cet observatoire de grande envergure de sa mise en orbite autour du point de Lagrange L2, à 1,5 million de kilomètres de la Terre — le même point de stationnement que le télescope spatial James Webb.

Roman ne cherchera pas à rivaliser avec Webb sur le terrain de la sensibilité extrême ou de l'infrarouge moyen et lointain. Les deux instruments sont complémentaires : là où Webb plonge en profondeur dans des champs étroits, Roman embrassera de vastes panoramas du cosmos avec une précision suffisante pour alimenter les archives scientifiques pendant des décennies.