En l'espace de deux jours, fin juin 2026, la NASA a publié successivement deux documents de sollicitation industrielle sous son programme NextSTEP-3 — pour Next Space Technologies for Exploration Partnerships. Ces deux annexes, complémentaires dans leur portée, tracent ensemble la feuille de route technologique que l'agence entend suivre pour établir une présence humaine durable à la surface de la Lune. Un signal fort, adressé autant à l'industrie qu'aux partenaires internationaux.

Combler les manques technologiques avant d'y mettre les pieds

L'Annexe A, publiée sous forme de projet le 29 juin 2026, cible le renforcement des technologies dites « habilitantes » pour l'architecture lunaire et cisluaire. Concrètement, la NASA y recense plusieurs domaines où des progrès restent indispensables avant tout déploiement opérationnel.

Parmi les priorités identifiées figurent les panneaux solaires à déploiement vertical — mieux adaptés aux conditions d'ensoleillement rasant des régions polaires lunaires —, les systèmes de production d'oxygène par valorisation des ressources locales (In-Situ Resource Utilization, ou ISRU), ainsi que les générateurs radioisotopiques à cycle Stirling, qui pourraient alimenter les équipements pendant les longues nuits lunaires. La fabrication en espace, également mentionnée, permettrait à terme de produire des composants directement en orbite ou sur la surface, réduisant la dépendance aux chaînes d'approvisionnement terrestres.

L'objectif affiché est de hausser le niveau de maturité technologique de ces systèmes — un critère mesuré selon l'échelle TRL (Technology Readiness Level) — pour qu'ils soient intégrables dans des missions réelles dans les années à venir.

Démontrer la base lunaire : du concept à l'épreuve réelle

Publiée le 30 juin 2026, l'Annexe B élargit la perspective. Sous l'intitulé Moon Base Demonstrations, elle invite l'industrie à proposer des démonstrations concrètes, des activités de réduction des risques et des sujets d'études spécifiques, tous orientés vers la création d'une infrastructure habitée permanente sur la Lune.

La formulation retenue par la NASA est délibérément ouverte : l'agence cherche des idées innovantes, sans présupposer d'une architecture particulière. Cette approche, typique des annonces de type BAA (Broad Agency Announcement), laisse une latitude importante aux entreprises pour proposer des concepts différenciants — qu'il s'agisse de systèmes d'habitat, de gestion de l'énergie, de mobilité de surface ou de communications.

Ce format est aussi un aveu implicite que la NASA ne détient pas toutes les réponses. En ouvrant largement la porte à l'industrie privée, l'agence reconnaît que l'innovation commerciale — incarnée par des acteurs comme SpaceX, Blue Origin, ou des entreprises plus récentes du secteur NewSpace — sera déterminante pour tenir des calendriers ambitieux.

Une architecture lunaire encore en construction

Ces deux appels à propositions interviennent dans un contexte de redéfinition du programme lunaire américain. Le programme Artemis traverse une période d'incertitude budgétaire et calendaire, et la composition précise de la future architecture de surface — notamment le rôle exact de la Gateway, la station orbitale lunaire — fait encore l'objet de discussions au sein du Congrès et de l'administration.

Dans ce contexte, les appels NextSTEP-3 jouent un rôle stratégique : ils permettent à la NASA de faire avancer des briques technologiques fondamentales sans attendre que l'ensemble du programme soit stabilisé. Une façon de maintenir la dynamique industrielle tout en préservant une flexibilité architecturale.

Les détails définitifs des deux annexes, notamment les critères d'éligibilité et les enveloppes financières envisagées, n'avaient pas encore été publiés dans leur forme finale au moment de la rédaction de cet article. Les entreprises intéressées devront surveiller de près les mises à jour officielles sur le portail de la NASA.