Un télescope sous pression orbitale

Lancé en novembre 2004, le télescope Swift a accumulé plus de vingt ans d'observations sur les sursauts gamma et les phénomènes transitoires de haute énergie. Conçu pour une durée initiale de deux ans, il a largement dépassé les attentes de la NASA et continue de produire des données scientifiques de premier plan. Mais l'observatoire souffre désormais d'un problème concret : son orbite basse se dégrade progressivement sous l'effet du freinage résiduel de la haute atmosphère terrestre. Sans intervention, Swift serait condamné à une rentrée atmosphérique non maîtrisée dans les années à venir.

Pour contrecarrer cette trajectoire, la NASA a commandé la mission Swift Boost, dont l'objectif est de rehausser l'altitude orbitale du télescope d'environ 5 kilomètres. Cette manœuvre, effectuée via les propulseurs de bord de l'observatoire, permettrait de lui accorder plusieurs années supplémentaires d'activité scientifique, à condition que le vecteur de communication nécessaire au guidage soit correctement mis en orbite.

Le retour en scène de Pegasus XL

C'est ici qu'intervient Northrop Grumman avec son lanceur Pegasus XL, une fusée à trois étages propulsée par des moteurs à propergol solide, dont la particularité est d'être larguée depuis le ventre d'un avion porteur modifié — un Lockheed L-1011 TriStar surnommé Stargazer. Après son dernier tir en 2021, le système reprend du service pour cette mission de sauvetage. Le largage aéroporté est prévu au large des côtes californiennes, à une altitude d'environ 12 000 mètres, avant que la fusée n'allume son premier étage et propulse sa charge utile vers l'orbite cible.

La charge utile transportée n'est pas le télescope Swift lui-même, mais un petit satellite relais chargé d'assurer la liaison de télécommande nécessaire à la manœuvre de rehaussement. La précision de la mise à poste est donc déterminante : tout écart significatif dans l'orbite d'injection pourrait compromettre la capacité à dialoguer avec Swift au moment critique de la correction orbitale.

Une semaine chargée pour le secteur des lanceurs

La mission Swift Boost s'inscrit dans une séquence de lancements particulièrement dense au niveau mondial. La même période voit également se préparer ce qui devrait être le dernier lancement commercial d'un Atlas dans sa configuration historique, marquant une nouvelle étape dans la transition de la flotte de lanceurs américains vers des architectures de nouvelle génération.

La fusée Atlas, produit phare d'United Launch Alliance, a assuré des décennies de missions civiles, militaires et scientifiques. Son successeur désigné, le Vulcan Centaur, est encore en phase de qualification. Ce contexte de transition illustre la recomposition en cours du paysage des lanceurs lourds aux États-Unis, entre acteurs historiques et compétiteurs émergents.

Pour Northrop Grumman, la réussite de Pegasus XL dans cette mission de niche serait un signal fort : celui d'un système de lancement aéroporté encore pertinent pour des charges utiles légères nécessitant des orbites précises ou des contraintes de lancement inhabituelles. L'issue de cette mission pourrait également peser sur l'avenir du programme Pegasus, dont la cadence de tirs est restée très faible ces dernières années.