En quelques jours seulement, le télescope spatial James Webb — fruit de la collaboration entre la NASA, l'ESA et l'Agence spatiale canadienne (CSA) — a produit deux séries d'observations qui éclairent chacune une étape radicalement différente de l'existence des étoiles. D'un côté, des soleils en train de naître dans un nuage de poussière opaque. De l'autre, une planète qui a survécu à l'agonie de son étoile hôte. Ces résultats rappellent pourquoi Webb occupe une place à part dans l'histoire de l'astronomie.
FS Tau : voir naître des étoiles à travers la poussière
Le système FS Tau, situé dans la constellation du Taureau, abrite plusieurs jeunes objets stellaires enveloppés dans d'épais voiles de gaz et de poussière. Longtemps inaccessibles aux instruments optiques, ces régions sont désormais scrutées par les capteurs infrarouges de Webb, capables de traverser la matière interstellaire là où la lumière visible est totalement absorbée.
Les nouvelles images révèlent une activité intense : jets de matière éjectés à grande vitesse, disques protoplanétaires en formation, et des structures lumineuses qui dessinent le chaos organisé de la naissance stellaire. En arrière-plan, des dizaines de galaxies lointaines apparaissent avec une netteté remarquable, rappelant que chaque champ d'observation de Webb est aussi une plongée dans la profondeur cosmique.
Ces observations permettent aux astronomes d'affiner leurs modèles de formation planétaire. Les disques de matière qui entourent ces jeunes étoiles sont précisément les réservoirs à partir desquels des planètes pourraient se former, dans des configurations potentiellement différentes de notre propre système solaire.
WD 1856 b : une planète rescapée de l'apocalypse stellaire
À l'autre extrémité du cycle stellaire, une équipe internationale d'astronomes a utilisé Webb pour étudier l'exoplanète WD 1856 b, un monde de la taille de Jupiter en orbite autour d'une naine blanche — ce que devient une étoile semblable au Soleil après avoir épuisé son carburant nucléaire, s'être gonflée en géante rouge, puis s'être effondrée sur elle-même.
La question posée est vertigineuse : comment cette planète a-t-elle pu survivre à une phase d'expansion stellaire qui aurait dû l'engloutir ou l'éjecter du système ? En observant les transits de WD 1856 b devant sa naine blanche hôte, Webb a permis de mesurer avec précision la masse de la planète, sa température de surface, et même de détecter des signatures atmosphériques. C'est la première fois qu'une atmosphère est détectée autour d'une planète orbitant une naine blanche.
Les données suggèrent que WD 1856 b a migré vers son orbite actuelle après la mort de l'étoile, propulsée par des perturbations gravitationnelles impliquant d'autres corps du système. Ce scénario offre un aperçu précieux du futur lointain de systèmes comme le nôtre, dans plusieurs milliards d'années.
Un télescope, deux destins, une même question
Ces deux séries de résultats illustrent la polyvalence exceptionnelle de Webb, conçu pour couvrir un spectre d'observations allant des nuages moléculaires galactiques jusqu'aux atmosphères d'exoplanètes. En moins d'une semaine, il a éclairé à la fois l'origine et le crépuscule des mondes.
Ce que ces travaux ont en commun, c'est la question fondamentale de la persistance planétaire : dans quelles conditions des planètes se forment-elles, et dans quelles conditions survivent-elles ? À mesure que Webb accumule les données, la communauté scientifique dispose d'outils de plus en plus fins pour reconstituer non seulement le passé de notre système solaire, mais aussi anticiper ce qu'il pourrait devenir — une naine blanche entourée, peut-être, de mondes rescapés.


