Un rendez-vous planétaire fixé à l'automne 2026

Le compte à rebours est lancé. La mission Martian Moons eXploration (MMX), développée par l'agence spatiale japonaise JAXA, doit s'élancer depuis le centre spatial de Tanegashima dans la nuit du 19 au 20 octobre 2026. Le décollage est prévu à 04 h 41, heure de Tokyo, soit 21 h 41 heure d'Europe centrale le 19 octobre. Le lanceur choisi est le H3, le nouveau-né de la flotte japonaise, dont les premiers vols ont progressivement établi la fiabilité ces dernières années.

La cible de MMX ne se trouve pas sur Mars elle-même, mais autour : Phobos, le plus grand et le plus proche des deux satellites naturels de la planète rouge. Long d'une vingtaine de kilomètres dans sa plus grande dimension, ce corps irrégulier et sombre est encore mal compris. Son origine fait l'objet d'un débat scientifique persistant : capture d'un astéroïde errant, ou fragment issu d'un impact colossal sur Mars ? Les données recueillies par MMX devraient apporter des éléments de réponse décisifs.

Un prélèvement d'échantillons sans précédent

L'objectif central de la mission est ambitieux : atterrir sur Phobos, collecter au moins dix grammes de matière en surface, puis ramener cette précieuse cargaison sur Terre. Si tout se déroule selon le calendrier prévu, la capsule de retour devrait toucher le sol terrestre aux alentours de 2031. Ce serait la première fois dans l'histoire de l'exploration spatiale qu'un échantillon prélevé sur une lune martienne serait analysé en laboratoire.

La comparaison avec les missions japonaises précédentes est naturelle. Hayabusa2, de la JAXA, avait rapporté en 2020 des grains de l'astéroïde Ryugu, confirmant la faisabilité de tels retours d'échantillons dans des environnements à très faible gravité. MMX s'inscrit dans cette même logique, mais avec une complexité accrue : la trajectoire vers le système martien est plus longue, et la fenêtre de lancement plus contrainte.

Une coopération internationale à plusieurs voix

MMX n'est pas une aventure solitaire. L'Agence spatiale européenne (ESA) contribue à la mission, notamment via des instruments scientifiques embarqués. La NASA a également apporté son expertise et certains équipements. Cette architecture multilatérale reflète une tendance désormais bien ancrée dans l'exploration du système solaire lointain : aucune agence, même bien dotée, ne peut seule assumer l'ensemble des risques et des coûts d'une mission aussi complexe.

Du côté français, le CNES et plusieurs laboratoires ont participé à la conception d'instruments, consolidant ainsi l'empreinte européenne sur cette fenêtre vers Mars. La dimension géopolitique n'est pas absente non plus : à l'heure où plusieurs nations rivalisent pour marquer leur présence autour de la planète rouge, MMX représente une voie complémentaire, centrée sur la science fondamentale plutôt que sur l'exploration habitée.

Vers une meilleure compréhension du système martien

Au-delà du seul échantillon, MMX embarque une suite d'instruments destinés à cartographier la surface de Phobos, analyser sa composition minéralogique et étudier l'environnement orbital de Mars sur la durée. La sonde passera également à proximité de Deimos, l'autre lune martienne, offrant une opportunité d'observation inédite depuis une trajectoire dédiée.

Si la fenêtre de lancement d'octobre 2026 est respectée, MMX entamera une croisière interplanétaire de plusieurs mois avant d'atteindre l'orbite martienne en 2027. La suite dépendra de la précision des manœuvres d'insertion et de la résistance des systèmes embarqués à un environnement spatial particulièrement hostile. La mission MMX a encore un long chemin devant elle — et c'est précisément ce qui la rend passionnante à suivre.