Un décollage arraché après un premier report

La route vers le douzième vol de Starship n'a pas été rectiligne. La veille du lancement, le 21 mai, SpaceX a dû interrompre le compte à rebours à moins d'une minute du décollage. Plusieurs anomalies successives ont contraint les équipes au sol à suspendre la tentative sans que la fusée ne quitte le pas de tir de Starbase, au Texas. Ce type d'arrêt automatique, conçu pour préserver l'intégrité du véhicule, est intégré au protocole de sécurité ; il ne constitue pas un échec en soi, mais il a retardé d'une journée complète l'entrée en scène de cette nouvelle itération du lanceur.

Le lendemain, le 22 mai 2026, SpaceX a réussi à lancer Starship V3 dans une fenêtre de tir favorable. Il s'agit du premier exemplaire de la troisième version d'un engin qui a déjà connu onze vols d'essai depuis ses débuts. Cette progression par versions successives est caractéristique de la méthode de développement itératif privilégiée par l'entreprise d'Elon Musk : chaque génération intègre les enseignements des précédentes et apporte des modifications structurelles ou propulsives significatives.

Ce que change la version 3

La dénomination V3 recouvre un ensemble d'évolutions techniques par rapport aux générations précédentes de Starship. Si SpaceX n'a pas encore publié un bilan détaillé public au moment des faits, les objectifs affichés pour ce vol suborbital incluaient la validation de nouveaux systèmes embarqués et la vérification de performances aérodynamiques et propulsives revues. Selon les informations disponibles, la majorité des objectifs de test planifiés ont été atteints au cours du vol. La trajectoire suborbite, utilisée depuis les premières tentatives, permet à SpaceX de tester l'ensemble de la chaîne de vol — décollage, séparation des étages, réentrée — sans engager le véhicule dans une orbite complète, ce qui simplifie la récupération de données et limite les contraintes réglementaires.

Le Super Heavy, l'étage propulseur, et le vaisseau Starship lui-même constituent ensemble le plus grand système de lancement jamais construit, dépassant en hauteur et en capacité de poussée le Saturn V de la NASA qui avait emporté les astronautes vers la Lune. SpaceX vise à terme à utiliser ce lanceur pour des missions d'exploration lunaire dans le cadre du programme Artemis de la NASA, ainsi que pour des vols habités vers Mars.

Un programme qui s'accélère

Douze vols en un temps relativement court témoignent d'un rythme de développement soutenu, que peu d'autres acteurs du secteur spatial seraient en mesure de maintenir. Rocket Lab, Arianespace ou encore la JAXA avancent sur leurs propres programmes de lanceurs, mais aucun ne vise la même classe de masse en orbite que Starship. La capacité annoncée de plusieurs centaines de tonnes en orbite basse place ce système dans une catégorie à part.

Le bilan complet du vol V3 sera déterminant pour la suite du calendrier de SpaceX, notamment pour les prochains jalons liés au contrat HLS — Human Landing System — que la NASA lui a confié pour ramener des astronautes sur la surface lunaire. Les résultats des analyses post-vol, attendus dans les prochaines semaines, diront si un nouveau vol peut être programmé rapidement ou si des ajustements supplémentaires s'imposent.